Vacheron Constantin sculpte un crocodile en papier sur un cadran

Vacheron Constantin sculpte un crocodile en papier sur un cadran
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Un crocodile entièrement sculpté en papier blanc, posé sur le cadran d’une montre : l’image surprend, presque dérange. Vacheron Constantin présente une pièce horlogère dont le décor central repose sur une matière que l’on associe rarement à la durabilité, et encore moins à la haute horlogerie. C’est précisément ce paradoxe qui mérite qu’on s’y arrête.

Papercroc : quand le papier s’impose là où on ne l’attend pas

Le cadran accueille une sculpture baptisée Papercroc, représentant un crocodile blanc évoluant dans une végétation enneigée. Tout est blanc. Tout est papier coton. Aucune matière rigide n’entre dans la composition, ce qui rend l’exercice aussi ambitieux que fragile à concevoir.

Ce choix matière n’est pas anodin dans un secteur où l’or, l’émail et la pierre dominent les décors de cadrans. Ici, Vacheron Constantin mise sur un support qui absorbe la lumière plutôt qu’il ne la renvoie, qui se plie plutôt qu’il ne résiste. Le résultat visuel tient davantage de la miniature sculptée que du travail de papeterie, ce qui dit quelque chose sur le niveau de maîtrise technique engagé.

La contrainte d’espace ajoute une difficulté supplémentaire : la composition entière ne dépasse pas trois millimètres de hauteur. Dans ce volume presque imperceptible, crocodile et végétation coexistent avec une précision qui n’autorise aucune approximation.

Une technique construite sur plusieurs mois d’expérimentation

La réalisation de Papercroc mobilise trois techniques distinctes, associées selon une logique de précision croissante. La découpe laser ultra-précise façonne les formes dans des feuilles de papier coton pesant 250 ou 300 grammes. Des spécialistes extérieurs ont collaboré à cette étape, tant la finesse requise dépasse les outils habituels de l’atelier.

Le gaufrage intervient ensuite, via des matrices en laiton chauffées entre 60 et 70 degrés Celsius, pressées sur le papier pour y imprimer des reliefs. C’est cette pression contrôlée qui donne au papier sa troisième dimension, son galbe, sa consistance visuelle. Enfin, chaque élément est assemblé à la main, pièce par pièce, dans cet espace de trois millimètres.

Plusieurs mois d’expérimentation ont précédé le résultat final. Ce temps long n’est pas un détail : il dit à quel point le papier coton, matière en apparence docile, oppose une résistance réelle dès lors qu’on cherche à le contrôler au millimètre. La collaboration avec l’artiste Marianne Guély a structuré cette recherche, apportant une expertise spécifique du papier comme medium sculptural.

Le programme One of Not Many Crafts, laboratoire de techniques rares

Cette création s’inscrit dans le One of Not Many Crafts Programme de Vacheron Constantin, cadre dans lequel la maison engage des collaborations avec des artistes et des artisans extérieurs à la tradition horlogère stricte. L’objectif visible est d’introduire dans le cadran des techniques qui n’y ont pas encore de place établie.

Le papier coton en est l’illustration la plus directe. Associé habituellement à l’impression, à l’édition d’art ou à la restauration de documents anciens, il se retrouve ici soumis à des contraintes de miniaturisation que ce secteur n’avait pas prévues pour lui. Vacheron Constantin y voit un horizon de création, pas une contrainte.

Ce type de démarche pousse les métiers d’art dans une direction moins attendue que l’émail grand feu ou la marqueterie de bois. Elle interroge aussi la hiérarchie implicite des matières nobles en horlogerie, en démontrant qu’un support considéré comme fragile peut, sous certaines conditions techniques, tenir sa place au même niveau que des matériaux réputés durables.

Ce que la pièce dit sur le cadran comme espace de création

Un cadran de montre mesure quelques centimètres carrés. Y loger une sculpture en papier blanc, sans armature rigide, dans un volume inférieur à trois millimètres, contraint chaque décision technique à l’essentiel. Il ne reste aucune marge pour l’à-peu-près.

C’est peut-être ce que la pièce révèle le plus clairement sur la direction prise par Vacheron Constantin au travers de ce programme : le cadran n’est plus seulement un support d’information horaire, ni même un simple écrin décoratif. Il devient le lieu où des techniques issues d’autres disciplines, ici la sculpture papier, trouvent une nouvelle rigueur, une nouvelle échelle, et finalement un nouveau sens. La légèreté du papier coton blanc, dans ce contexte, n’est plus une faiblesse. C’est précisément ce qu’on lui demande d’être.

Source : la publication de Vacheron Constantin sur Instagram

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