Valentino défile à la Bibliothèque Sainte-Geneviève sur des livres imaginaires
À Paris, dans les hautes salles de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, Valentino a choisi de faire défiler ses silhouettes non pas devant un décor fabriqué, mais au cœur d’un lieu qui pense, qui conserve et qui, surtout, laisse des questions ouvertes. Ce choix de cadre n’est pas anodin : il dit quelque chose de précis sur la direction que la maison entend prendre.
Ce que l’on ne sait pas encore, matière première du défilé
Le défilé s’intitule Valentino Antibiblioteca. Le mot mérite qu’on s’y arrête. Une antibibliothèque ne désigne pas ce qui manque, mais ce qui attend : les livres qu’on possède sans les avoir lus, présents sur les rayonnages, tangibles, et pourtant encore inconnus. C’est une forme de savoir en suspens, une promesse non tenue, un possible qui n’a pas encore pris forme.
C’est précisément cette idée que Valentino place au centre de sa proposition créative. Plutôt que de célébrer ce qui est accompli, la maison choisit de mettre en scène ce qui reste à explorer. Le défilé ne se présente donc pas comme une démonstration de maîtrise, mais comme une invitation à habiter l’incertitude.
Ce glissement est significatif. Sous la direction artistique d’Alessandro Michele, arrivé en 2024, Valentino semble chercher un territoire où la mode s’autorise à ne pas tout résoudre, à laisser des blancs, à ne pas refermer les possibles trop vite.
Une invitation conçue comme un livre qui n’existe pas
Avant même que le défilé commence, Valentino avait déjà posé son geste. Les invités n’ont pas reçu un carton d’invitation classique. À la place, un catalogue leur est parvenu, conçu comme une collection de livres aux titres entièrement fictifs. Ces titres n’existent nulle part : ni en librairie, ni dans une bibliothèque, ni dans aucun catalogue réel.
Ils n’appartiennent qu’au domaine du possible. C’est là que réside la cohérence du dispositif : l’invitation prolonge l’idée du défilé avant que celui-ci ne s’ouvre. Le spectateur entre dans la Bibliothèque Sainte-Geneviève déjà porteur d’un objet qui n’aurait pas dû exister, un livre sans existence réelle, une trace de quelque chose que personne n’a encore écrit.
Ce type d’objet, à mi-chemin entre l’édition et l’accessoire de mode, dit plus sur les intentions de la maison qu’un communiqué ne le ferait. Il traduit en matière concrète ce que le concept cherche à formuler : l’ignorance n’est pas un vide, c’est un espace.
La Bibliothèque Sainte-Geneviève comme scène du questionnement
Le choix du lieu mérite d’être considéré pour lui-même. La Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, n’est pas un espace neutre que l’on loue pour ses voûtes ou sa lumière. C’est un lieu construit autour de la transmission du savoir, un endroit où des milliers de volumes coexistent, dont une part n’a jamais été ouverte par aucun des lecteurs qui y passent chaque année.
En présentant Valentino Antibiblioteca dans ce cadre précis, la maison crée une mise en abyme. Les rayonnages qui entourent le défilé contiennent eux-mêmes, de fait, leur propre antibibliothèque. Le décor n’illustre pas le concept : il l’incarne directement.
Ce rapport entre le lieu choisi et l’idée défendue est l’un des aspects les plus construits de cette présentation. Il ne s’agit pas d’un décor spectaculaire, mais d’une cohérence entre la pensée et l’espace qui la reçoit.
Une maison qui se recompose autour de l’ouvert
Filiale du Valentino Fashion Group, la maison appartient à la famille princière du Qatar depuis 2012, et Kering en détient 30 % du capital depuis 2023. Jacopo Venturini en assure la direction générale depuis 2020. C’est dans ce cadre de gouvernance stabilisé qu’Alessandro Michele a pris les rênes de la création en 2024, et l’Antibiblioteca est l’une des premières occasions de lire clairement ce que cette direction artistique entend construire.
Ce que ce défilé révèle, c’est une maison qui ne cherche pas à se rassurer en alignant des certitudes. Valentino fait ici le pari que l’inconnu, bien assumé, peut devenir une posture créative à part entière. Les livres fictifs distribués aux invités, les rayonnages de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, les titres qui n’existent que dans le possible : tout concourt à dire que ce qui n’a pas encore été lu ou fait peut aussi constituer un territoire de mode.
Source : la publication de Valentino sur Instagram