Gherardo Felloni puise dans les archives Roger Vivier pour mieux les tordre
Quand Roger Vivier sort ses archives, ce n’est pas pour les encadrer : c’est pour les tordre. La collection printemps-été 2027, baptisée Vivier en Fleur, le confirme avec une clarté désarmante.
Un titre, une intention
Le nom Vivier en Fleur annonce quelque chose de léger, de saisonnier. Pourtant, la démarche qui la sous-tend est plus radicale qu’il n’y paraît. Gherardo Felloni, directeur créatif de la maison, a choisi de faire de cette collection un laboratoire discret : les formes que Roger Vivier a établies au fil du temps y entrent, mais ce qui en ressort ne leur ressemble plus tout à fait.
Ce paradoxe est précisément le moteur de la collection. On part de ce qui existe, de ce qui est reconnaissable, pour atteindre quelque chose que la maison n’avait pas encore montré. C’est moins une révolution qu’une déviation calculée, appliquée avec méthode à chaque code existant.
Les archives comme point de départ, et non comme destination
Le fonds documentaire de Roger Vivier constitue la matière première déclarée de cette saison. Felloni ne s’en cache pas : c’est bien là que tout commence. Mais la question n’est pas de savoir ce que les archives contiennent. Elle est de savoir ce qu’on peut en faire quand on accepte de les déplacer.
Le processus repose sur trois leviers précis : changer les proportions, substituer les matières, modifier le contexte dans lequel une forme apparaît. Chacun de ces gestes, pris isolément, semble anodin. Mis ensemble, ils produisent une silhouette que l’œil ne peut pas immédiatement raccrocher à ce qu’il connaît de la maison. C’est dans cet écart, finalement, que réside l’essentiel du projet.
Un code familier auquel on applique un changement d’échelle devient autre chose. Une forme héritée glissée dans un contexte inattendu perd sa lisibilité d’origine et en gagne une nouvelle. Roger Vivier, avec cette collection, travaille moins sur l’invention que sur la transformation : c’est un geste plus subtil, et sans doute plus exigeant.
La part de l’instinct dans une démarche d’archives
Ce qui distingue l’approche de Felloni, c’est qu’il ne présente pas ce travail comme un exercice académique. Le directeur créatif décrit sa méthode comme guidée par l’instinct, ce qui, dans un processus aussi structuré, crée une tension intéressante. D’un côté, un matériau historique organisé, classifié, identifiable. De l’autre, une façon de s’en emparer qui refuse la logique de l’inventaire.
C’est précisément cette tension qui donne à Vivier en Fleur son caractère particulier. La collection ne cherche pas à démontrer la profondeur des archives de Roger Vivier, ni à les célébrer pour elles-mêmes. Elle les utilise comme on utilise une résistance : pour prendre appui et aller ailleurs. Le fait que Felloni revendique l’instinct comme boussole suggère que les décisions de proportion, de matière et de contexte ne suivent pas une grille préétablie, mais s’ajustent à ce que chaque pièce autorise ou interdit.
Ce que ça change dans le vestiaire
Pour qui suit Roger Vivier de près, l’enjeu de cette collection est précisément là : dans la capacité de la maison à produire de l’inattendu à partir de ce qui lui appartient déjà. La promesse affichée est celle d’une silhouette que la maison n’avait encore jamais montrée, ce qui, pour un fonds aussi riche, n’est pas une formule anodine.
Ce printemps-été 2027 pose donc une question simple et difficile à la fois : jusqu’où une légère torsion peut-elle aller ? Chez Roger Vivier, la réponse semble être : assez loin pour que le résultat soit véritablement neuf, pas assez pour que la maison devienne méconnaissable. C’est dans cet espace étroit, entre la fidélité et l’écart, que Gherardo Felloni choisit, saison après saison, de travailler.
Source : la publication de Roger Vivier sur Instagram