Frank Sorbier et Robertet unissent Haute Couture et parfum dans une bibliothèque olfactive
Quand un couturier et un parfumeur se retrouvent après des années d’amitié, quelque chose d’inattendu peut naître : non pas une simple collaboration commerciale, mais une véritable bibliothèque olfactive. C’est précisément ce que Frank Sorbier et Olivier Perault, parfumeur senior chez Robertet à Grasse, ont construit ensemble sous le nom de Sorbier Parfums, en tissant un dialogue entre étoffes de Haute Couture et matières premières de la parfumerie.
Quand l’amitié devient le moteur d’une création olfactive
Tout commence par une relation humaine de longue date. Frank Sorbier et Olivier Perault se connaissent depuis des années, et c’est précisément cette confiance mutuelle qui a rendu le projet possible. Sans elle, les recherches que Sorbier conservait depuis l’an 2000 – des réflexions autour du parfum restées en sommeil pendant plus de deux décennies – seraient peut-être demeurées dans leurs dossiers.
C’est la collection Haute Couture de juin 2024, intitulée « Nuages », qui a servi d’étincelle. Frank Sorbier souhaitait lui donner une identité olfactive, une empreinte sensorielle complémentaire. Il a envoyé à Olivier Perault la photographie d’un modèle emblématique de cette collection. Le parfumeur a voulu en observer la texture, s’en imprégner, comprendre ce qu’elle racontait. Ce geste simple a suffi à révéler une évidence : la Haute Couture et le parfum avaient rendez-vous depuis longtemps.
Isabelle Sorbier, muse et compagne de Frank, a joué un rôle fondateur dans cette aventure. Son amour des beaux parfums, partagé sans relâche, a contribué à transformer une intuition en réalité concrète.
Deux disciplines, une même quête de l’émotion
Ce qui frappe dans la démarche de Sorbier Parfums, c’est la cohérence profonde entre les deux métiers. Olivier Perault le formule clairement : là où Frank Sorbier dessine une silhouette, lui écrit une formule. Là où le couturier construit une architecture textile, le parfumeur compose une architecture olfactive. Les étoffes qui inspirent l’un sont, pour l’autre, ce que sont les matières premières en parfumerie.
Pourtant, les deux créateurs refusent de réduire leur travail à une simple traduction. Il ne s’agit pas de convertir une étoffe en odeur, mais de retrouver l’émotion qu’elle fait naître. Le Chapitre I de la bibliothèque olfactive en est l’illustration : le velours de cette première création possède une puissance tactile immédiate, presque sensuelle, que les deux hommes reconnaissent sans avoir besoin de l’expliquer. Cette évidence partagée est au cœur de leur méthode.
La bibliothèque olfactive Sorbier est ainsi organisée en « Chapitres », chacun associé à une étoffe emblématique de la Haute Couture. Ce format narratif reflète la vision de Frank Sorbier, qui conçoit le parfum comme un grand livre ouvert, capable d’accueillir toutes les formes de beauté.
Ce que les amateurs de parfums d’exception recherchent aujourd’hui
Le marché de la parfumerie de niche est plus concurrentiel que jamais. Pourtant, Sorbier Parfums ne se positionne pas en réponse à une tendance. Frank Sorbier évoque une aspiration qu’il nomme Haute Parfumerie : un retour à la grande tradition, où le temps de création, la qualité des matières premières et la précision du geste priment sur les effets de mode.
- Une exigence de création qui s’inscrit dans la tradition de la parfumerie classique
- Des matières premières sélectionnées avec soin, en accord avec la Maison Robertet
- Un dialogue entre étoffe et essence, propre à chaque Chapitre de la bibliothèque
- Une vision artistique guidée par l’émotion plutôt que par le calcul commercial
- Une liberté de création préservée, sans compromis sur le temps de maturation
Olivier Perault, de son côté, pointe ce que les passionnés de parfums recherchent vraiment : une émotion sincère, une vision vraie, une œuvre qui porte une âme. Dans un paysage où les créations se ressemblent parfois, rencontrer une personnalité plutôt qu’un produit devient, selon lui, le véritable luxe. Il cite à ce propos le documentaire « Le Fil de l’Âme » d’Amaury Voslion, qui raconte la démarche de Frank et Isabelle Sorbier avec une sincérité rare.
Un pont entre deux arts, ouvert dans les deux sens
La question de la direction créative est posée franchement : un parfum pourrait-il un jour inspirer une collection de Haute Couture, et non plus l’inverse ? Frank Sorbier refuse d’opposer les deux disciplines. Pour lui, elles naissent d’une même quête, celle d’une émotion cherchant la forme la plus juste pour s’exprimer. Parfois cette quête devient une collection, parfois une fragrance, et parfois les deux cheminent ensemble.
Olivier Perault va plus loin. Il rappelle qu’une fragrance porte en elle des couleurs, des textures, des volumes et même des mouvements. Elle peut faire naître des images aussi puissantes qu’un dessin ou qu’un tissu. Le pont entre les deux disciplines est désormais construit, et rien n’interdit de le parcourir dans l’autre sens.
Une maison qui choisit la liberté plutôt que la diffusion
Sorbier Parfums ne cherche pas la confidentialité pour elle-même. Frank Sorbier est clair sur ce point : ce qu’il veut préserver, c’est une liberté de création et un temps de maturation que rien ne doit altérer. La bibliothèque olfactive a vocation à s’enrichir de nouveaux Chapitres, puis peut-être de véritables romans olfactifs, à condition que chaque création conserve la même exigence.
L’horizon est naturellement international. Frank Sorbier souhaite que cette aventure voyage, rencontre d’autres regards et d’autres sensibilités, dans des lieux qui partagent la même idée de l’excellence. Sorbier Parfums se veut ainsi un sanctuaire de qualité et de créativité, fidèle à la phrase de Cocteau que Frank Sorbier cite volontiers : les premières places ne l’intéressent pas, il préfère les places à part.