Audemars Piguet transforme sa Royal Oak en bijou haute joaillerie
Un collier qui se porte au cou, une manchette qui ceint le poignet : Audemars Piguet opère un glissement rare, celui d’une maison d’horlogerie qui transpose les lignes de sa montre la plus connue dans le registre du bijou pur, sans cadran ni aiguilles.
Un héritage de 1972 revu par la joaillerie
Tout part d’une montre née en 1972, conçue par Gérald Genta, dont l’architecture géométrique et les finitions contrastées ont traversé plus d’un demi-siècle de production horlogère. C’est ce vocabulaire visuel que la maison choisit aujourd’hui de prolonger hors du cadran. La démarche ne consiste pas à simplement graver un logo sur un bijou : elle engage une relecture formelle de codes que la Royal Oak porte depuis ses origines.
La collection Royal Oak Joaillerie s’inscrit dans cette continuité esthétique, tout en faisant le choix de l’objet porté pour lui-même, détaché de toute fonction horaire. Ce passage du temps mesuré au temps suspendu dit quelque chose sur la façon dont Audemars Piguet envisage son propre répertoire : non comme un catalogue figé, mais comme un ensemble de formes susceptibles de migrer d’un territoire créatif à un autre.
Il faut rappeler qu’en 1976, c’est Jacqueline Dimier qui avait contribué à faire évoluer le design de la Royal Oak. Cette intervention, souvent moins citée que celle de Genta, ancre la montre dans une histoire à plusieurs voix. La collection joaillerie s’inscrit dans ce même mouvement de transmission et de réinterprétation.

Or givré : ce que la matière change tout
Les deux pièces présentées partagent une même traitement de surface : l’or givré, qui donne à la matière un aspect mat et texturé, éloigné du poli brillant que l’on associe souvent à la joaillerie de luxe. Ce choix n’est pas anodin. Il rapproche le bijou des finitions que l’on retrouve sur les bracelets métalliques de la Royal Oak, où la combinaison de surfaces satiné et brossé constitue l’une des caractéristiques visuelles les plus reconnues de la montre.
Porter l’or givré au poignet ou au cou, c’est donc porter une référence matérielle autant qu’esthétique. La texture parle à ceux qui connaissent la montre ; elle se suffit à elle-même pour les autres.
Summer Haze et Dream of Joux : deux pièces, deux gestes
Le collier choker s’appelle Summer Haze et porte la référence COL000012AA. Sa structure épouse le cou de près, selon la logique du ras-de-cou, ce qui lui confère une présence frontale immédiate. À la différence d’un collier long qui se fond dans la silhouette, le choker s’impose comme une affirmation.
Le bracelet manchette, lui, s’intitule Dream of Joux et porte la référence BCT000023AA. Son nom renvoie à la vallée de Joux, territoire suisse où Audemars Piguet est installée depuis sa fondation, au Brassus. Ce glissement géographique dans l’intitulé d’un bijou n’est pas un hasard : il rattache la pièce à un ancrage précis, celui d’une manufacture que son lieu de naissance a toujours définie.

La manchette, par sa largeur et sa rigidité, dialogue formellement avec le bracelet intégré de la montre Royal Oak. Sur le poignet, les deux pièces partagent une même logique structurelle : un objet qui ne se décroche pas facilement du regard, qui occupe l’espace sans chercher à s’effacer.
Ce que cette collection dit d’Audemars Piguet aujourd’hui
Pour Audemars Piguet, fondée en 1875 par Jules-Louis Audemars et Edward-Auguste Piguet dans la vallée de Joux, cette incursion dans la joaillerie représente une extension de périmètre qui mérite d’être regardée sans enthousiasme excessif ni scepticisme automatique. La maison ne quitte pas son territoire : elle en explore une bordure.
Ce qui est nouveau, c’est la séparation nette entre la montre et le bijou. Jusqu’ici, la joaillerie chez Audemars Piguet se déployait surtout à travers des versions sertie de pierres sur des boîtiers existants. Là, il s’agit d’objets autonomes, sans mécanisme, sans verre, sans couronne, qui empruntent la grammaire formelle de la Royal Oak pour exister seuls.
Que cette collection marque une direction durable ou reste un geste ponctuel, elle pose une question intéressante sur ce qu’une maison d’horlogerie peut légitimement revendiquer au-delà du cadran. La réponse d’Audemars Piguet, pour l’heure, se porte au poignet et au cou, en or givré.
Source : la publication de Audemars Piguet sur Instagram