Gherardo Felloni fait éclore Roger Vivier pour le printemps 2027
Ce que Roger Vivier propose pour le printemps-été 2027, c’est moins une collection qu’un processus, celui d’une floraison prise au sens presque littéral. Sous la direction de Gherardo Felloni, la maison a présenté le 1er octobre 2026 un ensemble baptisé Vivier en Fleur, dont le fil conducteur n’est pas un motif ni une palette, mais une idée : celle de l’éveil.
La fleur comme posture, pas comme décoration
Choisir la floraison comme métaphore de saison, c’est prendre un risque. Le registre floral est l’un des terrains les plus balisés de la mode, souvent réduit à un imprimé ou à un détail brodé. Ce que Felloni fait ici est différent : il utilise la fleur comme une structure de pensée, non comme un ornement. L’éveil, la transformation, le renouveau, ces trois notions constituent l’armature de Vivier en Fleur, et elles orientent la lecture de chaque pièce selon un axe temporel plutôt qu’esthétique.
Ce cadrage dit quelque chose sur la manière dont Roger Vivier envisage sa propre évolution. La saison ne se présente pas comme une rupture ni comme une célébration du passé. Elle se situe entre les deux, dans ce moment précis où quelque chose s’ouvre sans que l’on sache encore quelle forme il prendra. C’est ce que la métaphore de la floraison contient de plus juste : elle n’est ni départ, ni arrivée.
Revisiter sans répéter
La démarche de Felloni pour cette collection repose sur un double mouvement. D’un côté, il s’agit de retrouver les codes fondateurs de la maison. De l’autre, de les traverser à travers un prisme résolument contemporain. Ce n’est pas une archive que Roger Vivier rouvre pour s’y installer, c’est un vocabulaire que la maison réactive pour l’amener ailleurs.
Ce geste, celui de la réinterprétation, est précisément ce que la fleur rend lisible. Une fleur ne reproduit pas la graine dont elle est issue. Elle en procède, mais elle prend une autre forme, s’étend vers une autre lumière. Appliquer cette logique aux codes historiques d’une maison, c’est refuser à la fois la nostalgie pure et la table rase. C’est une position plus subtile, qui demande autant de rigueur que d’audace.
Pour Roger Vivier, cette saison printemps-été 2027 pose donc une question plus large sur l’identité d’une maison : à quel moment le retour aux sources devient-il un élan vers l’avant ? Felloni semble répondre que les deux mouvements n’ont pas à se contrarier.
Ce que cette collection dit de Felloni à la tête de Roger Vivier
Depuis qu’il dirige la création de Roger Vivier, Gherardo Felloni construit une vision cohérente sur la durée. Avec Vivier en Fleur, il choisit une métaphore organique plutôt qu’une référence culturelle ou historique datée. Ce choix n’est pas anodin : la floraison est un phénomène qui ne s’explique pas, qui se constate. On n’annonce pas une fleur, on la voit éclore.
Cela donne à cette collection une qualité particulière, celle de ne pas sur-commenter son propos. La maison n’explique pas ce qu’elle fait, elle choisit une image et s’y tient. Dans un secteur souvent enclin à la surenchère narrative, cette économie de discours mérite d’être notée. Roger Vivier laisse la métaphore travailler à sa place, et c’est peut-être là le geste le plus affirmé de la saison.
Ce que Felloni construit, collection après collection, ressemble ainsi à une conversation continue entre la maison et elle-même, une façon de poser des questions plutôt que d’asséner des réponses. Vivier en Fleur s’inscrit dans cette logique : non pas un tournant déclaré, mais un moment de croissance, discret et résolu, qui laisse la maison un peu plus ouverte qu’elle n’était avant.
Source : la publication de Roger Vivier sur Instagram