Armani et Kith défilent dans le désert d’Agafay près de Marrakech
Dans le désert d’Agafay, aux portes de Marrakech, deux maisons que tout semblait séparer ont choisi de partager la même scène : Giorgio Armani et Kith ont présenté un défilé commun intitulé Dreams of the Dune, dans un cadre minéral qui impose d’emblée une certaine idée du dépouillement. Ce n’est pas un hasard si c’est là, loin des podiums urbains, que cette rencontre a eu lieu.
Un désert comme terrain d’entente
Le choix du désert d’Agafay n’est pas anodin. Ce paysage de roches et d’ocre, à la lisière de Marrakech, impose sa propre esthétique : rien de superflu ne résiste à une telle lumière. C’est dans cet écrin que Giorgio Armani et Kith ont construit leur dialogue, deux approches du vêtement que l’on aurait pu croire incompatibles, réunies sous un même titre évocateur.
La photographie du défilé a été confiée à lucaspossiede, dont le travail ancre visuellement cette rencontre entre minéralité du sol et fluidité des silhouettes. Le cadre naturel a ainsi fonctionné comme un filtre, révélant ce que les deux maisons partagent en réalité : une certaine exigence de la ligne, une économie du geste.
Ce que la collection dit de chaque maison
Giorgio Armani est reconnu, depuis la fondation de sa maison en 1975, pour un minimalisme qui a redéfini les codes de l’élégance masculine et féminine. Ses silhouettes déconstruites, ses vestes pensées comme des architectures souples, ont traversé les décennies en résistant aux effets de mode. C’est précisément cette rigueur formelle que la collaboration avec Kith vient interroger, sans la trahir.
Au cœur de la collection Dreams of the Dune, on trouve des vestes en cuir dont la coupe traditionnelle a été réinterprétée. Plutôt que de les alléger, le travail porte sur la texture même du matériau, sur la façon dont il dialogue avec des tissus plus fluides portés en dessous ou autour. Le résultat est une collection qui tient ensemble deux logiques : la sobriété revendiquée par Giorgio Armani depuis ses débuts, et la densité visuelle propre à l’énergie de Kith.
Les silhouettes fluides qui complètent la ligne fonctionnent comme un contrepoint. Là où les vestes en cuir affirment une structure, ces pièces laissent le corps respirer, créant un balancement qui rappelle ce que le désert lui-même produit : une alternance de rigidité et de mouvement.
Une esthétique sobre qui s’assume
L’esthétique revendiquée par Dreams of the Dune conjugue deux termes que l’on hésite parfois à associer : élégance sobre et design contemporain. Chez Giorgio Armani, la sobriété n’est pas un manque. C’est un choix de long cours, une façon de donner au porteur le premier rôle, en laissant le vêtement en retrait sans disparaître.
Les matières texturées présentes dans la collection jouent ce rôle avec précision. Elles captent la lumière sans l’appeler, créent du relief sans surcharger. Dans un cadre aussi exposé que le désert d’Agafay, cette retenue prend une dimension supplémentaire : les pièces doivent exister face à un horizon immense, sans s’y perdre.
La collaboration avec Kith apporte, de son côté, une énergie différente : celle d’un univers streetwear habitué à travailler le vêtement comme un signe culturel autant que comme une forme. Ce dialogue entre les deux maisons ne lisse pas leurs différences. Il les rend visibles, et c’est précisément ce qui donne à cette collection sa consistance.
Ce que ce défilé révèle sur Giorgio Armani aujourd’hui
Choisir de défiler dans le désert marocain avec une maison comme Kith, c’est signaler quelque chose sur l’état d’esprit de Giorgio Armani en ce moment. La maison, dont le fondateur est largement reconnu comme l’une des figures les plus influentes de la mode contemporaine, ne cherche pas ici à rajeunir son image par effet de surface. Le cadre et la collection le montrent : l’intention est plus profonde.
Ce que Dreams of the Dune propose, c’est une conversation entre deux façons de penser le vestiaire, filmée dans un lieu qui efface les hiérarchies habituelles entre luxe et culture populaire. Giorgio Armani y apporte sa maîtrise de la ligne et du volume, Kith y ajoute son rapport direct au contemporain. Entre les deux, quelque chose s’est construit dans le sable d’Agafay qui méritait d’être vu.
Source : la publication de Giorgio Armani sur Instagram