« Je n’ai jamais porté de jean de ma vie » : Miuccia Prada en fait pourtant la pièce centrale de son défilé 2027
La maison italienne Prada bouleverse les codes du denim avec sa collection printemps-été 2027, dévoilée le 22 juin 2026 à la Fondazione Prada. Miuccia Prada et Raf Simons signent un vestiaire épuré, où le jean traditionnel cède la place à des pièces inattendues. Cette proposition radicale marque un tournant dans la mode masculine contemporaine.
Un jean réinventé par le duo créatif
Avant le défilé, Miuccia Prada lançait une confession surprenante : « Je n’ai jamais porté de jean de ma vie. » Raf Simons ajoutait qu’il n’en avait pas porté depuis une vingtaine d’années. Pourtant, ces deux créateurs ont placé le denim au centre de leur collection.
Les jeans présentés sur le podium étaient réalisés dans un denim blanc éclatant. Le défilé se tenait sous un plancher transparent en Perspex, baigné de lumières halogènes. Cette mise en scène soulignait la pureté des silhouettes proposées.
La construction reprenait le modèle emblématique du cinq-poches renforcé de rivets, inventé par Levi Strauss et Jacob Davis en 1873. Quelques pantalons en laine plissée, évoquant les années 1940, complétaient ce vestiaire avec leurs attaches pour bretelles.
« Nous avons instinctivement ressenti le besoin de retrouver de la clarté, de la concentration. »
Des couleurs et des matières inattendues
Aucun jean aperçu sur le podium n’était en denim indigo. Les créateurs les déclinaient dans des tons framboise, rose, brun, blanc ou jaune. Certains modèles affichaient des motifs géométriques, à mi-chemin entre l’univers de Gio Ponti et celui de la maison milanaise.
Des pantalons en cuir adoptaient cette même ligne étroite et nerveuse, devenue l’une des signatures de Raf Simons. Ce modèle se déployait aussi dans des tissus de tailleur, du pied-de-poule au prince-de-galles.
- Denim blanc sans indigo traditionnel
- Pantalons en organza de nylon translucide
- Vestes inspirées de la coupe Type III
- Motifs géométriques récurrents
- Silhouettes cinq-poches réinterprétées
Une transparence architecturale assumée
Les versions en organza de nylon traduisaient le mieux l’esprit de la collection. Ces pantalons translucides révélaient l’intégralité de leur structure interne. L’architecture du vêtement apparaissait comme celle d’un bâtiment dont la mécanique serait visible, rappelant le Centre Pompidou.
Raf Simons décrivait cette démarche comme une « rupture, un recentrage et un certain esprit anti ». Les vestes s’inspiraient de la célèbre coupe Type III du denim. Associées aux pantalons transparents, elles formaient des silhouettes radicalement nouvelles.
Des lunettes asymétriques ponctuaient les looks présentés. Elles suggéraient une manière différente de regarder ce qui nous paraît familier. Cette métaphore visuelle résumait l’approche créative du duo.
Le vestiaire Prada revisité
La réinterprétation ne se limitait pas au jean. Les manteaux à col Claudine, les pulls sans manches à motifs et les cols V étaient transformés par de subtils déplacements de proportions. Certains décolletés plongeaient presque jusqu’au nombril.
Les vestes de tailleur à simple boutonnage revenaient comme des formes fondamentales. Leurs épaules larges étaient débarrassées de tout effet superflu. Cette épure répondait à une conviction exprimée par Miuccia : « En ce moment, rien ne m’insupporte davantage que l’ornement. »
Une mode pensée pour la rue
Le défilé masculin accueillait plusieurs silhouettes féminines. Cette présence, devenue rare depuis le défilé Frankenstein de 2019, soulignait que la réflexion dépassait les questions de genre. Des versions miniatures des sacs iconiques étaient suspendues aux passants de ceinture par des mousquetons.
Selon Miuccia Prada, la collection laisse de l’espace à celles et ceux qui la porteront. Chacun pourra se l’approprier et la réinterpréter dans la rue. Raf Simons rappelait que les évolutions les plus marquantes de la mode naissent aussi d’individus créatifs.
Cette dimension « anti » apparaissait dans les notes du défilé. Les deux créateurs affirmaient avoir conçu cette collection à partir de tout ce qu’ils ne voulaient plus voir. Les larges ceintures de cuir patiné insufflaient aux silhouettes une allure plus spontanée et moins contrainte.