Giorgio Armani et Kith revisitent le costume dans le désert d’Agafay

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Dans le désert d’Agafay, aux portes de Marrakech, Giorgio Armani a choisi un cadre radicalement dépouillé pour poser les bases d’une conversation inattendue avec le label new-yorkais Kith. La capsule s’intitule Dreams of the Dune, et elle dit quelque chose de précis sur ce que la taillerie italienne peut devenir quand on lui impose un autre rythme.

Un dialogue entre deux façons de porter le vêtement

Ce qui rend cette collaboration singulière, c’est la nature même de la tension qu’elle met en scène. D’un côté, Giorgio Armani a construit sa réputation sur une taillerie déconstructée, des silhouettes épurées, des coupes qui redéfinissent ce que l’on entend par élégance contemporaine. De l’autre, Kith porte une esthétique fondée sur la décontraction, les proportions généreuses, une manière de porter le vêtement qui refuse la rigidité.

Plutôt que d’effacer l’un au profit de l’autre, la collection Dreams of the Dune choisit de faire coexister ces deux logiques. Le résultat se lit directement dans les pièces : la structure armani reste présente, mais elle s’élargit, s’assouplit, respire autrement.

Ce que les pièces révèlent concrètement

Les épaules, chez Giorgio Armani, ont toujours été un enjeu. Ici, elles s’adoucissent encore, abandonnant toute tension pour épouser le corps sans le contraindre. Les fermetures au col constituent un élément distinctif de la capsule : elles introduisent une verticalité discrète qui rappelle la rigueur du vestiaire Armani tout en restant accessibles dans leur port au quotidien.

Les pantalons, quant à eux, proposent des jambes larges et fluides qui structurent les silhouettes sans les alourdir. C’est précisément là que l’influence Kith se fait sentir avec le plus de clarté : ces volumes relâchés transforment la taillerie en quelque chose de plus nomade, de moins cérémoniel. On imagine ces pièces portées loin des codes habituels du costume, dans une liberté de mouvement que la coupe classique ne permettait pas.

Ce déplacement n’est pas anodin pour Giorgio Armani. Le fondateur de la maison est largement reconnu pour avoir redéfini l’élégance masculine et féminine par le biais d’une déconstruction progressive du tailleur traditionnel. La collaboration avec Kith prolonge cette logique, mais en y ajoutant une dimension nouvelle : celle d’une fluidité qui vient de la culture streetwear plutôt que de l’atelier milanais.

Le désert comme scénographie

Le choix du désert d’Agafay pour présenter Dreams of the Dune n’est pas neutre. Ce paysage de roches et d’horizons dégagés, à proximité de Marrakech, offre un contexte radicalement différent des podiums habituels. Il impose une échelle : face à cet espace, les silhouettes se lisent autrement, les proportions prennent un sens différent.

C’est dans ce cadre que Lucas Possiede a photographié la collection. Son travail documente la capsule dans un environnement où la lumière naturelle et la minéralité du sol répondent directement aux volumes des vêtements. La sécheresse du lieu dialogue avec la sobriété que Giorgio Armani a toujours revendiquée comme fondement esthétique.

La mise en scène souligne aussi ce que la collaboration propose au fond : une relecture du vêtement de tailleur dans un contexte affranchi de la ville, du bureau, du dîner habillé. Les pièces de Dreams of the Dune n’appellent pas un moment particulier. Elles suggèrent un autre rapport au temps, à l’espace, à la façon d’occuper le vêtement sans que celui-ci impose sa propre contrainte.

Ce que cette capsule dit de Giorgio Armani aujourd’hui

Pour une maison dont le fondateur a façonné la mode contemporaine à travers des décennies de présence dans le sport, la musique et le luxe hôtelier, s’associer à Kith représente un geste d’ouverture vers une génération qui ne lit pas nécessairement le vestiaire à travers les mêmes codes. Giorgio Armani ne se dissout pas dans cette alliance : les fondamentaux de la taillerie demeurent lisibles, reconnaissables dans chaque coupe. Mais la collection accepte d’être déplacée, interprétée, portée autrement. C’est peut-être là l’essentiel de ce que Dreams of the Dune propose : non pas une rupture, mais une conversation ouverte entre deux esthétiques qui n’avaient jusqu’ici pas eu l’occasion de se parler.

Source : la publication de Giorgio Armani sur Instagram

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